Vous ouvrez votre relevé de compte en début janvier et vous tombez sur une ligne que vous n’avez pas demandée : « INTERETS SUR COMPTES DE PARTICULIERS (ADEL) », suivie d’un débit de quelques euros. Ni un prélèvement, ni une erreur. C’est le coût de votre découvert du trimestre passé, calculé automatiquement par un système informatique que vous ne connaissez même pas de nom.
Que signifie « ADEL » sur un relevé bancaire?
ADEL est l’acronyme d’Automate d’Écritures DE Ligne. Certaines sources mentionnent également les variantes « Arrêté de Décompte en Ligne » ou « Arrêté des Décomptes d’Échelle de Liquidité », mais le sens reste le même : un système informatique bancaire qui détecte automatiquement les soldes débiteurs et enregistre les intérêts correspondants.
Ce libellé apparaît à une fréquence fixe : à la fin de chaque trimestre civil. Vous le verrez donc sur votre relevé début janvier (pour le dernier trimestre), début avril, début juillet ou début octobre. Même un découvert de 48 heures en septembre génère une ligne ADEL visible en octobre.
Comment sont calculés les intérêts ADEL sur un compte particulier?
La formule appliquée est simple : (Montant du découvert × Nombre de jours × Taux) / 365. Un découvert de 500 € maintenu pendant 10 jours à un taux de 16 % donne environ 2,19 € d’intérêts. À 20 %, le même découvert monte à 2,74 €.
Les taux pratiqués oscillent entre 15 % et 20 % selon les établissements, selon les données de La Finance pour Tous. La distinction fondamentale porte sur la nature du découvert : un découvert autorisé, prévu contractuellement, bénéficie d’un taux inférieur à celui d’un découvert non autorisé, qui entraîne en plus des commissions d’intervention.
Ces commissions d’intervention sont plafonnées légalement à 8 € par opération et 80 € par mois. Pour les personnes reconnues en situation de fragilité financière, ces plafonds tombent à 4 € par opération et 40 € par mois.
Le minimum forfaitaire ADEL : un coût souvent sous-estimé
Voici le mécanisme que la plupart des clients ignorent. Même si vos agios calculés proportionnellement ne représentent que quelques centimes, la banque applique un minimum forfaitaire – un plancher en dessous duquel elle ne peut pas facturer moins.
Prenons un exemple concret : un découvert de 150 € pendant 7 jours à 16 % génère 0,46 € d’intérêts réels. Avec un minimum forfaitaire de 5 €, vous payez 5 €, soit près de onze fois le montant théorique. Intégré dans un calcul de taux annuel effectif global, ce forfait peut faire exploser le TAEG réel à 173,8 %, selon les calculs de La Finance pour Tous – alors que le taux d’usure est fixé à 23,24 % depuis le 1er avril 2025.
Les montants varient fortement d’un établissement à l’autre :
| Banque | Minimum forfaitaire ADEL (par trimestre) |
|---|---|
| La Banque Postale | 1,50 € |
| BNP Paribas | 8,00 € |
| Société Générale | 8,00 € |
| Banque Populaire | 12,50 € |
Certaines brochures tarifaires examinées par le Comité consultatif du secteur financier font état de forfaits atteignant 13,50 € par trimestre. Sur un an, cela représente 54 € de frais pour un découvert ponctuel de quelques euros.
Quelles banques appliquent les frais ADEL les plus élevés?
La Banque Postale reste l’établissement le plus modéré avec 1,50 € de minimum forfaitaire. À l’opposé, la Banque Populaire facture 12,50 €, soit plus de huit fois plus. La politique tarifaire des banques de réseau sur les agios suit rarement une logique transparente pour le client.
Les commissions d’intervention s’ajoutent aux agios dès que le compte passe en découvert non autorisé. Le plafond légal de 8 € par opération peut s’accumuler rapidement si plusieurs paiements sont présentés le même jour. Pour les clients éligibles à l’offre spécifique fragilité financière (OSF), ces plafonds sont divisés par deux, mais encore faut-il que la banque ait reconnu et appliqué ce statut.
La directive européenne de 2026 va changer les règles du jeu
La directive européenne CCD2 (UE 2023/2225), transposée en droit français par l’ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025, redéfinit les règles de calcul du TAEG pour les crédits à la consommation et les découverts. À partir de novembre 2026, les banques auront l’obligation d’intégrer le minimum forfaitaire dans le TAEG communiqué au client.
La conséquence est mécanique : un forfait qui génère un TAEG réel de 173 % devient impossible à maintenir légalement, puisque le taux d’usure agit comme plafond absolu. Cette réforme revient, dans les faits, à rendre le minimum forfaitaire ADEL tel qu’il existe aujourd’hui juridiquement intenable.
Les banques auront le choix entre supprimer ce forfait, le réduire drastiquement, ou répercuter le coût autrement. Ce qui est certain : la ligne ADEL sur votre relevé ne ressemblera plus à la même chose dans dix-huit mois. En attendant, vous payez le prix d’un système conçu pour rester invisible – jusqu’à ce que quelqu’un décide de le regarder en face.